Rdc : Kamerhe suspendu entre la justice des Hommes et la justice de Dieu

Rdc : Kamerhe suspendu entre la justice des Hommes et la justice de Dieu

Quatre mois et deux semaines après son tout dernier report, soit le 2 Octobre 2020, le procès en appel Vital Kamerhe & cie a repris le lundi 15 Février 2021 à la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe, qui s’est déplacée en audience foraine dans l’enceinte de la prison centrale de Makala. L’absence de Kamerhe et de son principal co-accusé le libannais Samih Jammal n’était pas le seul fait nouveau marquant, l’absence des médias aussi a marqué cette reprise. Autrefois un événement hautement médiatisé et retransmis en direct à la télévision publique, le procès Kamerhe & cie semble avoir été délibérément renvoyé dans la rubrique des faits divers, et le sort déjà scellé. Ce qui n’empêche pas le prisonnier le plus célèbre de l’ère Tshisekedi et tout son camp d’espérer toujours…

Alors que tout le monde attendait le voir présent à cette audience publique, l’ex Directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi n’a pas fait le déplacement, laissant la responsabilité à ses avocats de le représenter. C’est dans une message écrit émouvant de trois pages, envoyé expressément aux siens en guise de remerciements et de moralisation aussi, que Vital Kamerhe s’est exprimé en substance à quelques heures du début de l’audience : « Ce lundi 15 février, compte tenu de mon état de santé actuelle, c’est plein de foi et d’espoir, ragaillardi par toutes vos prières, que je me présenterai devant les juges à travers mes avocats, sachant que Dieu aura touché les cœurs des uns et des autres, pour que la vérité soit dite et qu’à l’issue de ce procès, je sois de nouveau parmi vous ».

Amida Kamerhe en pleine messe d’actions de grâce en faveur de son mari
en présence de plusieurs autres personnes

Le weekend à la veille de la reprise du procès, des militants, proches et autres sympathisants de Kamerhe ont organisé une série des messes d’action de grâce dans plusieurs coins du pays, en vue d’implorer la miséricorde de Dieu en sa faveur.

Il se fait que l’audience publique en question a laissé l’opinion encore une fois dans sa soif, rien de concret n’y est encore sorti. La Cour d’appel de Kinshasa/Gombe a décrété en effet la surséance de ce procès en appel, au motif que l’une des parties au procès a saisi la Cour de cassation dans ce même dossier. Ainsi, le premier président de la Cour et président de la chambre ayant siégé à l’audience de ce lundi 15 février 2021 a décrété la surséance du procès, en attendant la décision de la Cour de cassation. C’est pour permettre à la Cour d’appel d’être l’église au milieu du village, a déclaré le premier président de cette Cour et en même temps, président de la composition des juges ayant siégé à l’audience publique de ce lundi à la prison centrale de Makala.

Tout reste possible

Face à certaines craintes, notamment que ce procès en appel n’aboutisse à des peines encore plus lourdes contre Vital Kamerhe, comme ce fut le cas dans d’autres procédures judiciaires portant sur la gestion de ce programme présidentiel d’urgence dit de « 100 jours », les « Kamerhistes » ont opté pour un recours à l’Etre Suprême, le Juste Juge. Ainsi des séances de prières ont été finalement optées à la place des manifestations populaires dans les rues comme cela a été le cas les mois passés. Pourquoi ne pas espérer à un miracle ? « Tout est possible à celui qui croit » disent les Saintes écritures.

A la première instance et dans un procès retransmis en direct à la télévision nationale et qui a tenu en haleine principalement les Congolais, Kamerhe a été condamné à 20 ans de travaux forcés, commués en peine de prison en Rdc. Il encourt en plus plusieurs millions de dollars d’amendes pour avoir participé au détournement de plus de 50 millions de dollars de fonds publics alloués à des projets d’infrastructure dans le cadre de ce Programme présidentiel d’urgence dit de « 100jours ». Il a aussi été déclaré inéligible à toute forme de mandat politique pour les 30 prochaines années.

Vital Kamerhe lors du procès en première instance

Cependant, d’après certaines analyses, ce procès a démontré combien l’enquête a laissé bon nombre de questions sans réponses et que plusieurs témoins importants, eux aussi impliqués dans des infractions, ont pu s’en tirer sans être inquiétés. D’où les craintes exprimées par une certaine opinion d’un procès politique, où les dès seraient donc déjà jetés.

« Le pacificateur jusqu’au bout » tel que ses admirateurs l’ont surnommé, Kamerhe qui s’attend apparemment à tout, a lâché dans un paragraphe de son dernier message de remerciements aux siens : « Etre humain, ma vie revient à Dieu, je passerai tandis que la République Démocratique du Congo continuera à exister ».