Situation en RDC : Les évêques de la Cenco donnent le ton

Situation en RDC : Les évêques de la Cenco donnent le ton

Réunis dans le cadre de leur comité permanent du 23 au 25 Février dernier, les évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo, CENCO, ont passé en revue notamment la situation sociopolitique, sécuritaire et humanitaire de la République démocratique du Congo, RDC. De l’Union Sacrée de la Nation aux tractations pour la formation du nouveau gouvernement, en passant par la pandémie du Coronavirus, les tueries à l’Est du pays, les dossiers judiciaires, la gratuité de l’Enseignement de base, etc., la position des évêques de la Cenco livrée en ce 1er Mars 2021 sur chacun de ces chapitres et dans un style qu’ils ont seul le secret, est loin d’être une lettre d’amour à la Classe dirigeante de la Rdc.

« Déchirez vos cœurs et non vos vêtements », le Peuple attend toujours. C’est en ces termes pas du tout flatteurs, que les évêques de la Cenco ont intitulé ainsi leur message qu’ils ont adressé aux dirigeants du pays.

Sur la situation sociopolitique, ils affirment avoir assisté à la fin de la coalition Fcc-Cach dont ils avaient dénoncé à maintes reprises l’inefficacité. Ce qui a donné lieu à l’avènement de l’Union Sacrée et au changement des animateurs des principales institutions du pays. « Cependant, ces changements ont été opérés dans une atmosphère de tensions et de la manière à se poser des questions sur la moralité de ces actes », soulignent-ils.

Pour ces évêques, « l’adhésion massive à l’Union Sacrée de la Nation ne doit pas être motivée seulement par le positionnement politique. Il ne suffit pas seulement de changer de camps politiques (vêtements), faut-il encore rompre avec les antivaleurs (cfr. Joël 2 : 13) et s’engager à travailler (cœur) ».

Espérant ainsi que seules la bonne éthique et l’expérience dans le domaine requis qui guideront dans le choix des animateurs principalement au niveau du gouvernement et du portefeuille de l’Etat. D’où ils avertissent : «  le Peuple sera frustré de voir revenir au pouvoir ceux qui ont participé aux pillages, à l’insécurité, à la violation des droits humains, et ne font aucun signe de repentance et de conversion ».

Sur le plan socioéconomique, les évêques saluent avec joie la réouverture des écoles et des universités à partir de ce 22 Février 2021. Cependant, interpellent-ils, « il importe que les enseignants soient motivés pour aider les élèves et les étudiants à rattraper le retard dû à la longue interruption des cours ». Et ils ajoutent avec beaucoup d’évidence : « la modicité des salaires et de frais de fonctionnement, l’impayement des Nouvelles Unités (N.U.) et des Non Payés (N.P.), l’insuffisance et le délabrement des infrastructures scolaires, risquent de porter gravement atteinte à la qualité de l’enseignement ».

Concernant la situation de justice et des droits humains, il ressort dans la position des évêques que « le souci de la justice qui s’est manifesté au procès sur le programme de 100 jours s’est estompé et paraît sélectif, ne semble plus continuer sur la même lancée. La lutte contre la corruption ne peut être menée à bon port si l’impunité perdure ».

Si pour certains, « l’interventionnisme critique » des évêques catholiques à travers la Cenco est intolérable dans la vie publique, l’avis est cependant tout autre pour plusieurs observateurs, pour qui l’Union Sacrée de la Nation du Président Tshisekedi a pratiquement emballé en son sein toutes les personnalités et forces représentatives du pays, constituant désormais le pouvoir en place. Face à elle, le contrepoids, c’est-à-dire l’opposition politique apparaît théoriquement faible. Il devient ainsi impérieux que d’autres forces non politiques, notamment de la Société civile, des mouvements citoyens et des organisations confessionnelles telle que la Cenco, puissent s’activer pour s’ériger de temps à temps en critique du pouvoir en place. Question d’éviter au pays la résurgence d’un régime autoritaire et insoucieux des vrais désidératas des Congolais.