Zoom sur le Sport : A bâtons rompus avec Herman Mbonyo (1ère partie)

Zoom sur le Sport : A bâtons rompus avec Herman Mbonyo (1ère partie)

Dans un entretien exclusif accordé à votre média Lesnews.Cd, Monsieur Herman Mbonyo, personnalité bien connue, peint un tableau aussi bon que mauvais du sport congolais en général et du rugby en particulier. Ca se passe dans « Zoom sur… », une tribune à la disposition de ceux qui ont de la matière dans un domaine spécifique, en vue de l’édification commune, maintenant que la Rdc se trouve à la croisée des chemins. Les propos tenus par ce dirigeant sportif congolais aussi connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, ont de quoi susciter à la fois inquiétudes et espoirs. A chacun alors de boire ce qu’il y a à boire, de manger ce qu’il y a à manger.

Ancien Secrétaire Général du Comité olympique congolais, Coc, et actuellement Président de la fédération congolaise de rugby, Fecorugby, Herman Mbonyo est aussi Membre du comité exécutif d’Afrique de rugby et Président de la commission académie de rugby Afrique et en charge de la formation et des compétitions jusqu’à 20 ans. C’est en effet sous ces différentes étiquettes, que ce « diable en personne » pour les uns, et « visionnaire hors-paire » pour les autres, s’est exprimé à l’occasion de cette interview.

Herman Mbonyo avec le Président du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024 et ancien Président de World Rugby

Sur l’intégration de la Femme dans le jeu et dans les instances du sport

Le 8 Mars dernier, l’Humanité a célébré la Journée internationale des droits des femmes. Pour Herman Mbonyo,  « la Femme est l’avenir non seulement de l’Homme mais est aussi l’avenir du sport ». Une pensée qu’il développe en détail ici.

« De façon générale, on dit que la Femme est l’avenir de l’Homme. C’est elle qui perpétue le genre humain, ne serait-ce que par son activité de procréation. Mais ça serait dommage de la réduire à cette activité là, puisqu’elle nous a démontré sa résilience et sa grande capacité, non seulement à nous régénérer mais à gérer. Je pense qu’à chaque fois qu’on associe les Femmes, même à la chose publique, le résultat est bien différent. Sauf évidemment quelques femmes médiocres, comme aussi il y a des hommes médiocres. D’une façon générale, lorsque vous associez les femmes étroitement à la gestion vous avez de biens meilleurs résultats. C’est clair que l’humanité ne peut pas fonctionner sur une seule jambe, donc l’homme et la femme sont totalement complémentaires pour le bien de l’humanité.

Dans le monde du sport et surtout en Afrique, nous avons constaté qu’on avait fait une très petite place à la Femme. Parce que ce qu’on attend d’elle qu’elle se marie très tôt, qu’elle puisse pourvoir aux besoins de sa famille, on oublie qu’elle a besoin de s’épanouir elle-même. Or le sport est aussi un excellent vecteur d’épanouissement personnel. Donc il est important que cette Femme, nous puissions la prendre dans sa dimension globale et que nous puissions aussi considérer qu’elle a besoin de s’épanouir à travers le sport.

Au niveau du sport, vous savez que j’ai été Secrétaire-général du Comité olympique congolais et que je suis quand-même bien placé à parler globalement sport congolais. Regardez vous-mêmes sur le nombre des secrétaires généraux qu’il y a dans nos fédérations sportives, on compte combien des femmes ? Voyez aussi la place occupée par les femmes comme coachs, vous constaterez que c’est vraiment infime. Et ça c’est quelque chose qu’il faut corriger dans le sport congolais en général.

Et nous dans le rugby, avons commencé d’abord par l’instauration d’une commission permanente de rugby féminin qui est dirigée par Yolande Dina. Nous avons dans le passé investi dans la formation de certains coachs femmes, et nous avons toujours cette volonté de continuer à faire en sorte que les femmes occupent une place tout à fait particulière et dans le jeu et dans nos instances, en les associant. Et puis au niveau du rugby africain où je suis responsable de l’Académie, pour toute la formation y compris des jeunes, nous mettons un accent particulier sur les femmes. Vous savez, une femme quand elle vient au sport, vous pouvez être sûr que plus tard elle amènera ses enfants et qu’avec un peu de chance, elle peut même convaincre son mari en lui disant écoutes tu prends un peu du ventre, va faire un peu du sport (ça c’est pour la caricature). Je pense que les femmes ont cette force de persuasion qui amène les gens à voir le sport, qui amène les gens aux stades. Tout ça compte.

Et ensuite, c’est des excellentes éducatrices. Soyons honnêtes. Souvent à la maison, nous les hommes sommes souvent absents et c’est bien souvent, surtout en Afrique, les femmes qui font le relais éducatif, qui inculquent les valeurs, même si les pères n’en font pas moins, mais du point de vue opérationnel, elles sont plus impliquées.

Donc on a tort de ne pas investir dans la femme. Nous nous avons décidé d’investir dans la Femme, nous avons décidé de faire sa promotion au niveau mondial, là où nous avons de l’influence nous n’hésitons pas parce que nous sommes convaincus, moi Herman Mboyo, je suis intimement convaincu que la Femme est l’avenir non seulement de l’Homme mais est aussi l’avenir du sport ».

De l’impact de la Covid-19 dans l’activité sportive

Le monde traverse des moments très éprouvants avec la pandémie du Coronavirus qui paralyse pratiquement toutes les activités. Aucun pays n’est épargné, aucun domaine aussi. Herman Mbonyo parle ici de l’influence de la Covid-19 sur les activités du rugby congolais.

« La Covid-19 a fait que nous n’ayons pas pu vraiment travailler comme il fallait, néanmoins il y a un travail de fond qui se fait. Il y a des jeunes pour qui nous avons payé la musculation qui sont dans de salles de gymnastique. Lorsqu’on peut encore appuyer ces activités là, ce n’est pas évident partout. On a quand-même de jeunes qui sont totalement engagés et qui s’entrainent.

Nous avons un gros souci dans ce contexte de la Covid-19, ce que nous ne pouvons plus faire les choses comme avant, c’est-à-dire avant que nos athlètes jouent, il faut quand même qu’on s’assure d’abord de leur parfait état de santé.

Vous avez remarqué que notre fédération a décidé pour les joueurs licenciés, de leur payer aux frais de la fédération, le contrôle médical pour d’abord obtenir les fiches de santé prouvant qu’ils sont en situation de pouvoir jouer. Ensuite, nous allons procéder à des tests massifs de Covid que nous devons faire avant chaque rencontre, pour éviter d’exposer éventuellement des joueurs sains qui joueraient avec un coéquipier ou un adversaire qui serait Covid positif. Ca serait notre responsabilité d’éviter que tout cela arrive. Donc on ne peut plus, malheureusement, pour la beauté du sport, être si spontané. J’ai vu à gauche à droite certaines personnes organiser de matchs de Rugby en usurpant l’identité de la fédération. Voilà, moi j’ai déjà eu à enterrer un jeune il y a quelques années, du fait des erreurs de ces mêmes personnes qui ont voulu entrainer un jeune en catastrophe, et s’en est suivi sa mort après 130 jours d’hospitalisation.

Nous sommes bien au courant de dangers. Le rugby est un sport qui nécessite beaucoup de discipline et de préparation en amont avant de jouer. Nous ne voulons donc pas faire les choses n’importe comment. Nous sommes dans le processus de la reprise des activités, mais de façon raisonnée en respectant les étapes qui sont d’abord d’ordre médical. Une fois qu’on aura accompli ce préalable, nous passerons au jeu, et croyez moi, le rugby congolais continue à vous réserver de très grandes surprises ».

De l’innovation dans le rugby congolais

Qu’est-ce que le rugby congolais a aujourd’hui de mieux qui était impensable hier ?

Du haut de ses multiples mandats à la tête de cette discipline en Rdc et de son assise sur le plan international, Herman Mbonyo ne cache pas ici son optimisme sur les prouesses possibles que la Rdc peut accomplir dans cette discipline.

« Comme le football, le rugby congolais ne se pratique pas qu’en Rdc. C’est une dimension qu’on avait beaucoup négligée. Exactement comme le football congolais, il y a ceux qui sont à l’intérieur et ceux qui sont à l’extérieur. Et comme vous le savez, le rugby n’étant pas un sport congolais à priori, nous avons plus des bons éléments à l’extérieur du pays qu’à l’interne. Nous avons plusieurs exemples à cet effet. Il y a entre autres Maxime Mbanda qui est dans l’équipe italienne qui joue le tournoi des Six nations, Mfwamba Ngalula une excellente athlète qui joue dans l’équipe du Canada et est classée parmi les meilleures joueuses du monde, et tant d’autres joueurs de très bonne facture. Le  rugby congolais est très dynamique avec des ressources énormes, c’est-à-dire nous sommes capables, retenez cette date comme une référence, de nous qualifier pour les Jeux olympiques, autant pour la Coupe du monde, nous avons plus de 128 joueurs internationaux de très haut niveau international. Cela ne veut pas dire que ceux qui évoluent au pays sont mauvais. Loin de là ! Tous constituent cette dynamique que représente aujourd’hui le rugby congolais ».

Le problème !

Le sport congolais va mal. Herman Mboyo qui ne s’en cache pas, crache ici de maux qu’il croit être à la base des contre-performances de la Rdc sur le plan sportif.

« Je suis à mon troisième mandat de 4 ans à la tête de la fédération congolaise de rugby, Fecorugby. Sans peur d’être contredit, je peux affirmer que nous avons un très grand potentiel. Malheureusement qu’au pays on ne nous comprend pas, nous avons eu que peu de chance avec les ministres de tutelle successifs. Depuis 2012 que je suis à la tête du rugby congolais, je ne peux citer les noms que de deux ministres des Sports qui se sont intéressés au rugby : Denis Kambay et avant lui Sama Lukonde. Ils ont compris c’était quoi le rugby et comment on pouvait travailler ensemble. Malheureusement ils avaient un premier ministre à l’époque qui leur avait contraint de ne pas financer d’autres disciplines que les quatre qu’il avait retenues lui-même pour des raisons incompréhensibles. Ce qu’on peut dire et que ce chef du gouvernement central était mal conseillé, par un fameux conseiller financier du ministre qui finira lui-même ministre. Comment comprendre que dans un pays si grand démographiquement avec autant des sportifs, seuls quatre sports peuvent être retenus ? Une politique entretenue durant des années et qui a contribué à tuer le sport congolais.

J’ai été un des premiers lanceurs d’alerte dans le monde du sport congolais, en dénonçant clairement comment le sport congolais va mal. Sinon, comment comprendre que depuis 1963 qu’existe le comité olympique congolais, le pays n’a produit aucun champion olympique ? Sinon, comment comprendre que des fédérations soient payées de main à la main, sur des montants de voyages, avec des sommes aussi importantes, cela en catimini et dans la nuit tombée, sans reçu, sans traçabilité, le fameux phénomène « Maboko banque » ? Alors que chaque année l’Etat congolais dépense près de 18 millions de dollars américains. Il y a des gros soucis quand-même dans la gestion du sport congolais qui fait qu’on néglige certaines disciplines. Mais où va tout l’argent que l’Etat investi dans le sport ?… »

La suite sur les maux qui obstruent la voie du succès du sport congolais tels qu’analysés par Herman Mboyo, fera l’objet de la prochaine livraison de ce long entretien, ainsi que d’autres aspects qui y étaient évoqués.

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