Zoom sur le programme du Gouvernement : Critiques du volet culturel avec le député Balenza Paul

Zoom sur le programme du Gouvernement : Critiques du volet culturel avec le député Balenza Paul

Le nouveau Gouvernement Congolais a reçu son investiture de la manière la plus brillante possible le lundi 26 Avril dernier, par l’approbation de son programme avec 410 voix, 2 abstentions sur 412 votants. Un plébiscite inédit. Cependant, l’absence d’un débat à la règle sur ce programme au niveau de la Chambre basse du Parlement comme à l’accoutumé a laissé une bonne partie de l’opinion sur sa soif, avec de préoccupations qui sont restées sans réponses. Votre média creuse à fonds, en s’entretenant à bâton rompu avec le député national Paul Balenza, élu de la circonscription de la Funa à Kinshasa. Avec cet acteur et entrepreneur culturel bien connu, le volet culturel dudit programme est alors passé ici au peigne fin sans ménagement.

Le programme d’action 2021-2023 du Gouvernement Sama Lukonde qui vise « Construire un Etat fort, prospère et solidaire », consacre le 15ème de ses 15 piliers à la « Promotion de la culture, des arts, du sport et des centres de loisirs ». Et le volet culturel fait précisément l’objet des axes 61 et 62, avec 18 actions au total à réaliser. Il se fait qu’aux yeux de plusieurs observateurs, les vrais problèmes culturels de la Rdc n’ont apparemment pas été pris en compte dans ce programme. Le même avis semble aussi être partagé par le député Paul Balenza que nous avons approché à cet effet.

La charité bien ordonnée commence par soi-même

Le Chef de l’Etat congolais Félix Tshisekedi présentement à la tête de l’Union Africaine a comme thématique de son mandat la promotion de la culture, des arts et du patrimoine. Ce qui ne s’explique vraiment pas aux yeux de Paul Balenza.

« Nous voulons bien et c’est intéressant pour le Continent ! Entretemps, notre pays est dépourvu de lois de politique culturelle. Comment le Président Tshisekedi qui est à mi-mandat peut viser la promotion de la culture au niveau continentale alors que son propre pays n’a pas de lois appropriées sur la politique culturelle et sur le patrimoine ? Que fait-on du dicton qui dit que la charité bien ordonnée commence par soi-même ? C’est l’occasion rêvée pour que notre pays se dote finalement d’une loi sur la politique culturelle et sur le patrimoine. J’estime que c’est ça qui est juste à faire. En plus, il est vraiment paradoxal de noter un manque d ambition en direction des organisations cultures régionales africaine et internationale.

Aucune allusion aux organisations dont la Rdc est membre comme : le centre international des civilisations bantu, CICIBA, dont le pays a ratifié l’adhésion depuis 1985, le centre de recherche sur les langues et traditions orales d’Afrique, CERDOTOLA, le Festival panafricain de musique, FESPAM, dont la Rdc est cofondateur, etc. Ces organismes peuvent servir de levier à la présidence africaine pour plus de visibilité internationale du pays ».

Irrégularité des cotisations dans les organismes culturels

Le mandat de la Rdc à la tête de l’organisation panafricaine, l’Union Africaine, UA, est aussi une obligation pour le pays de se montrer exemplaire dans plusieurs aspects. Le député Balenza Paul rappelle ici de situations que la Rdc se doit de corriger le temps de son mandat panafricain.

« La Rd Congo brille par l’irrégularité chronique de ses cotisations dans les organismes culturels au niveau du Continent. Ce qui rend le pays illégitime et handicape l’ascension de nos représentants au sein de ces organismes, en faveur des pays qui n ont pas le poids culturel du grand Congo. A l’heure actuelle, la seule organisation où la Rdc est à la tête, c’est le Ciciba. Malheureusement ce dernier n’est même pas pris en compte dans le programme du Gouvernement ».

La Rumba, patrimoine immatériel de l’Unesco

La RDC se bat depuis des années pour que la Rumba soit inscrite comme patrimoine immatériel. Une chose excellente qui contribuera aussi à rehausser l’image de marque de la culture congolaise. Il y a un « mais » d’après Paul Balenza.

« Nous devons absolument inscrire ici au pays la Rumba comme patrimoine national. La valeur théorique que nous donnons nous-mêmes à la Rumba ici au pays ne protège pas cet acquis, faute d’une disposition légale en la matière en sa faveur ».

De la direction nationale de production et promotion artistique

Le point 326 du programme du Gouvernement prévoit la création d’une

direction nationale de production et de promotion artistique et culturelle, DNPPAC. Qu’en pense alors Paul Balenza ?

« Ce n’est pas mal, mais je pense à mon avis qu’on devait privilégier la redynamisation de structures existantes, notamment la Compagnie du théâtre national, le Fonds  d’Assistance Sociale aux Artistes et Ecrivains Congolais, FASAEC, le Fonds de promotion culturel, FPC, etc. Ma plus grande crainte est que la Direction nationale de production et promotion artistique subisse le même sort que ses structures qui l’ont précédée, vivre une sorte d’abandon qui les rende finalement inefficace ».

La discipline cinématographique et les autres

Le volet culturel du programme du Gouvernement semble faire la part belle à la promotion du 7ème art, le cinéma, d’après une certaine observation.

« C’est aussi mon impression. Je me demande qu’est-ce que le Gouvernement aura à gagner en privilégiant  la discipline cinématographique au détriment des autres disciplines aussi importantes et rentables ».

Du dossier Soneca et Socoda

Le point 331 parle de « résoudre l’interminable conflit existant entre la SONECA et la SOCODA par l’arbitrage de la Justice ». Ce qui est étonnant pour l’élu de la Funa.

« Pourquoi exhumer un conflit déjà enterré ? Pour ceux qui l’ignorent encore, la Soneca a été créée en 1969. Dans ses textes créateurs, il était prévu sa mort après 30 années d’existence. Ce qui fait que depuis 1999, elle cessait d’exister. Plusieurs commissions instituées à cet effet ont abouti à sa liquidation. Ca fait déjà plusieurs années que le dossier Soneca a été enterré ».

Propositions concrètes

La Rdc se trouve à un tournant décisif avec l’avènement d’un nouveau gouvernement bénéficiant d’un soutien populaire considérable à l’instar de celui du Parlement avec une majorité très confortable, sous le label de l’Union sacrée de la Nation. Pourquoi alors cette opportunité favorable ne devait-elle pas être saisie pour que de réponses soient apportées à certaines préoccupations principalement dans le domaine culturel du pays ? L’honorable Paul Balenza fait ici certaines recommandations pouvant améliorer les choses dans ce secteur.

« Il y a beaucoup à dire à ce sujet, mais je vais me contenter de faire des propositions que j’estime essentielles :

  • mettre en place une loi sur la politique culturelle et sur le patrimoine ;
  • accélérer la mise en place des dispositions pour le recouvrement de la copie privée qui permettra aux culturels et artistes de préparer leur retraite et aussi sortir de la vie de précarité ;
  • allouer au ministère de la Culture un budget conséquent pouvant favoriser la meilleure promotion de la culture ;
  • créer des centres culturels dans les chefs lieux des provinces et promouvoir ceux qui existent déjà ;
  • tenir compte du critére culturel pour les postes d’Attachés culturels dans les représentations diplomatiques du pays à travers le monde ;
  • Prendre des dispositions légales en vue d’éradiquer le fléau « piraterie », source de la pauvreté des artistes ;
  • promouvoir l’éducation culturelle à tous les niveaux de la société en collaboration avec les médias ;
  • doter en moyens logistiques et techniques conséquents les établissements d’enseignement d’Art et autres structures d’animation et de promotion culturelle, tels que l’Institut national des Arts, INA, l’Institut supérieur des arts et métiers, ISAM, l’Académie des Beaux Arts, etc. ;
  • intégrer la participation et la représentativité de la Rd Congo dans les organismes culturels sous régionaux, africains et internationaux, renforcer la présence, en veillant a s’acquitter des obligations y afférentes ;
  • De la même manière que dans ce même programme une attention particulière a été portée aux organismes comme la CEEAC, le COMESA, etc., concernant les organismes d intégration économique, les organismes culturels précités participant à l’intégration culturelle au même titre devaient aussi être pris en compte ».

Au-delà de tout, le député national Paul Balenza affirme détenir des soubassements et autres résultats des ateliers et forums culturels. Ce sont des ressources très précieuses qui peuvent contribuer davantage à booster ce secteur culturel qui lui est aussi cher.

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