Etat de siège : Gouverneurs militaires nommés dans un cocktail d’espoirs et d’inquiétudes. En savoir plus…

Etat de siège : Gouverneurs militaires nommés dans un cocktail d’espoirs et d’inquiétudes. En savoir plus…

A sa prise de fonction, le Président Tshisekedi avait promis d’éradiquer l’insécurité qui règne à l’Est du pays. Une posture qui l’a amené jusqu’à déclaré être prêt à « mourir » pour cela. Malgré de résultats encourageants sur le terrain militaire accumulés ces derniers mois par les Forces armées de la Rdc, FARDC, l’insécurité à l’Est demeure toujours préoccupante.  122 groupes armés sont encore actifs dans cette partie de la RDC d’après certaines statistiques. Le 3 Mai dernier, Le chef de l’État congolais s’est adressé à la nation dans la soirée pour annoncer officiellement l’instauration de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de L’Ituri qui prend effet à partir du 6 Mai 2021. Il s’en est suivi la publication des mesures d’application. Les gouverneurs militaires ont été nommés. Un développement de la situation qui soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes, formant un cocktail aux conséquences encore inconnues que les Congolais sont obligés de consommer au nom de la paix et de la sécurité.

Félix Tshisekedi lors de son adresse à la Nation sur l’état de siège. (Capture écran)

« J’ai décidé de proclamer l’état de siège sur toute l’étendue de la province du Nord Kivu et de l’Ituri. Des dispositions subséquentes seront annoncées dans les heures qui suivent. J’invite dès lors chaque Congolaise et chaque Congolais, où que vous vous trouviez, à une mobilisation totale pour faire front avec nos Forces armées déployées pour sécuriser notre territoire… » a déclaré en substance Félix Tshisekedi à cet effet. Déjà soutenu par les Etats-Unis et l’Israël, le président congolais a, lors de son récent séjour de travail à Paris, demandé également à la France de l’aide dans cette bataille.

Bien qu’initié dans le but de lutter contre les groupes armés qui écument l’Est de la RDC, l’état de siège qui est décrété est cependant loin de faire l’unanimité.

Certains estiment que la décision du Chef de l’Etat, bien qu’impopulaire, rentre dans l’intérêt de la population, du fait qu’elle pourra contribuer à faire revenir la paix et la sécurité dans la province du Nord-Kivu et en Ituri à l’instar des autres provinces en RDC.

D’autres par contre ne vont pas par le dos de la cuillère, en faisant remarquer que même si l’Armée nationale comprend des gens qui se sacrifient pour la cause noble de la sécurité et de l’intégrité du territoire, il existe en son sein des traitres et autres affairistes qui s’adonnent malheureusement entre autres au commerce des véhicules, de minerais, du bois, de cacao. Et que pour ces derniers, les craintes sont que cet état de siège soit une aubaine pour eux. C’est pourquoi l’Association congolaise pour l’accès à la justice, ACAJ, a même demandé au Parlement d’adopter en urgence, une loi pour prévenir des abus liés à l’état de siège. Ce, alors que Martin Fayulu et Adolphe Muzito espèrent, pour leur part, que l’état de siège n’est pas une « manœuvre politique pour museler les citoyens congolais et accueillir massivement des populations étrangères dans la partie Est de la RDC ». 

Qui sont alors les gouverneurs militaires nommés ?

Le chapelet des mesures égrainées le lundi 3 Mai dernier par le Porte-parole du Président Tshisekedi a produit ses effets 24 heures après, soit le mardi 4 Mai, avec les nominations des gouverneurs militaires de l’Ituri et du Nord Kivu. Ils devraient prendre leur fonction le jeudi 6 Mai, date du début de l’état de siège.

Nommé gouverneur militaire de l’Ituri, le général Luboya Nkashama est l’ancien patron de la première zone de défense, qui inclut entre autres Kinshasa, a été également le commandant de la 13e région militaire de l’Equateur. Cet officier originaire de l’espace Kasaï est un ancien de la rébellion du RCD Goma, proche du Rwanda et qui a eu à « gérer militairement » cette région de l’Est en cette période là.  Le général Luboya Nkashama est, comme prévu, secondé par un officier de police. Le commissaire divisionnaire Alonga Boni Benjamin.

Le général Luboya Nkashama, gouverneur militaire du Nord-Kivu. (Photo Tiers)

Au Nord-Kivu, c’est le général Constant Ndima Kongba qui devient gouverneur. Il a été commandant de la 3ème zone de défense qui couvre les deux Kivu, le Maniema et la Tshopo. Il était jusque-là le chef d’état-major général adjoint chargé de l’administration et de la logistique. 

Ancien rebelle donc, le général Constant Ndima Kongba est issu de la rébellion du MLC proche de l’Ouganda de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, et qui a eu aussi à « gérer militairement » la région du Nord-Est à l’époque. Le vice-gouverneur est le commissaire divisionnaire Ekuka Lipopo, il a notamment assuré la coordination du groupe technique pour la sécurisation des élections.

Une conférence tripartite pour rassurer

Le mardi 4 Mai, les porte-paroles respectifs du Gouvernement, des Forces armées et de la Police nationale ont animé ensemble une conférence de presse au sujet de l’état de siège, pendant plus d’une heure et en direct à la télévision nationale. Une démarche dans le but évidemment de rassurer l’opinion, en répondant aux questions de la presse.

Conférence de presse conjointe Gouvernement-Fardc-Pnc. (Photo Tiers)

Essentiellement, Patrick Muyaya le nouveau ministre de la Communication, s’est évertué à rassurer sur le respect des lois et des droits fondamentaux, le droit à la vie, à la liberté de penser. Le porte-parole de la police, le colonel Mwanamputu a de son côté insisté sur le caractère transitoire de ces mesures et l’évaluation faite à l’issue des 30 premiers jours par le Parlement qui doit décider ou non de l’opportunité d’un renouvellement. Du côté des Fardc, son porte-parole le Général Kasonga a rappelé que l’Armée va faire son travail de tous les jours, avec pour différence que le commandant région gère la province et les troupes qui se trouvent au front. Il a également rassuré que les Fardc sont au service du peuple et qu’elles sont pour cela dans l’obligation de respecter les droits de l’homme, le droit humanitaire international et les règles d’engagement comme la gestion des rendus. L’objectif à ce niveau, a souligné le général Kasonga, est de contraindre les groupes armés et autres rebelles à se rendre ou à les neutraliser par tous les  moyens à disposition.

Face à tous ces différents discours et attitudes, une certaine opinion, notamment quelques observateurs, estime qu’il est irrationnel de chercher déjà à tirer de conclusions hâtives en rapport avec cette mesure présidentielle de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Tout devra donc être laissé pour cela au temps et à l’action avant de penser établir un bilan quelconque, alors que pour le moment, l’heure est plus à la mobilisation générale.