Rapport Mapping : Revirement du gouvernement rwandais après l’interview de Félix Tshisekedi

Rapport Mapping : Revirement du gouvernement rwandais après l’interview de Félix Tshisekedi

Dans un entretien à l’AFP et des autres médias internationaux, le Chef de l’Etat congolais Félix Tshisekedi a appelé mercredi à ce que justice soit rendue aux victimes des crimes commis il y a plus de 20 ans en RDC. Il a en plus appelé son homologue rwandais Paul Kagame  à mettre à la disposition de la Justice les criminels qui sont au Rwandais. Une réplique après l’interview à polémique de Paul Kagame sur France 24 du lundi 17 Mai.

Alors que l’opinion congolaise l’attendait dans une rhétorique fougueuse, Félix Tshisekedi dans sa récente sortie médiatique a semblé joué la carte de l’ironie ; « Je ne veux pas polémiquer, je ne sais pas ce qui s’est passé, ça sera au président Kagame qu’il faudra poser la question ». a-t-il déclaré à Paris, 24 heures après sa participation au Sommet de Paris sur l’Afrique. Un événement à l’initiative de la France, qui a eu pour objectif d’éviter l’asphyxie financière qui menace le continent en raison de la crise provoquée par le Covid-19.

Une attitude de Paul Kagme au cours de son interview du lundi 17 Mai 2021

Tout a commencé le lundi 17 Mai 2021, une date qui rappelle aux Congolais la prise du pouvoir à Kinshasa en 1997 par Laurent Désiré Kabila, à la tête du mouvement politico-militaire Afdl soutenu par les forces régulières rwandaises et ougandaises principalement. Interrogé, en anglais, sur le rapport Mapping de l’ONU – qui répertorie plus de 600 violations graves des droits humains commises en République démocratique du Congo, RDC, entre 1993 et 2003 -, Paul Kagame a déclaré, lors d’une interview aux médias français France 24 et RFI : ce document « a été extrêmement controversé. Et en réalité, il est hautement contesté (…) et a été hautement politisé… Il y a aussi des rapports qui disent complètement l’opposéIl n’y a pas eu de crimes » a répondu Paul Kagame. « Dans l’Est de la RDC ? », lui redemande alors la journaliste. « Absolument », a enchaîné alors Paul Kagame. Le président rwandais n’a pas aussi des mots tendres concernant le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwage : « On lui dit quoi dire (…). Le rapport du projet Mapping a été extrêmement controversé en RDC, il est hautement contesté par les gens, il a été très politisé« , selon Paul Kagame, pour qui d’autres rapports « disent tout à fait l’inverse ».

Ainsi une vive polémique est née. En RDC particulièrement, les propos du « frère » Paul Kagame ont provoqué un véritable tollé et l’opinion a exigé une réplique « proportionnelle » des officiels congolais. Concrètement, dans l’entendement des Congolais, les propos du Président rwandais ont été interprétés comme une négation pure et simple des nombreuses tueries perpétrées à cette époque dans la région.

Félix Tshisekedi lors de son interview le mercredi 19 Mai 2021

Dans son interview accordée à plusieurs médias le mercredi 19 Mai 2021, le Chef de l’Etat congolais Tshisekedi a déclaré : Le « rapport Mapping n’a pas été fait par des Congolais, c’est un rapport d’experts », a déclaré mercredi à l’AFP Félix Tshisekedi. « Bien évidemment, c’étaient des gens objectifs, ils ne l’ont pas fait dans le but de charger des personnes », a-t-il jugé.

« Ce qui m’intéresse moi, c’est de ramener la paix à l’Est, une paix définitive (…). Le (rapport) Mapping a été fait par la communauté internationale, elle doit le poursuivre parce qu’il faut que justice soit rendue à nos victimesNous-mêmes, nous allons nous y pencher le jour où la paix sera totale à l’est du pays… Je tiens à ce que la paix et la sécurité règnent à L’Est de la République démocratique du Congo; il appartiendra à la justice de designer les coupables ». Et au sujet de Dr Denis Mukwege, le Président Tshisekedi a déclaré : « Le Dr Denis Mukwege est une fierté nationale, il a toute mon affection et notre reconnaissance pour le travail qu’il fait auprès des victimes ».

Quelques heures après l’interview de Félix Tshisekedi que d’aucuns voient une réplique à celle de Paul Kagame, le gouvernement rwandais, par la voie de son ministres des Affaires Etrangères Vincent Birute a expliqué de son côté mercredi qu’il y a eu « confusion » sur les propos du président rwandais. «  Il y a confusion sur ce que le Président Kagame a dit sur le rapport Mapping lorsqu’il a été interrompu par Alexandra Brangeon sur France24. Il a fait valoir que le rapport est utilisé pour accuser à tort certains individus/pays afin de faire avancer la théorie du «double génocide» ». Pour certains analystes, cette sorte de revirement des autorités rwandaises est apparemment un baume de nature à faire baisser la tension entre les deux camps. Reste à savoir quel impact cela pourra avoir dans l’opinion congolaise. Alors qu’on observe déjà de manifestations anti-rwandaises dans l’hexagone de « combattants » congolais de la diaspora, suite aux propos de Paul Kagame.