RDC : Bahati aujourd’hui comme Kengo en 1996. Pourquoi jeter alors la pierre à l’actuel speaker du Sénat ?

RDC : Bahati aujourd’hui comme Kengo en 1996. Pourquoi jeter alors la pierre à l’actuel speaker du Sénat ?

L’actualité en République démocratique du Congo, RDC, reste dominée entre autres par le rejet au niveau du Sénat, de la demande de lever les immunités de deux de ses membres, dont le sénateur Matata Ponyo Augustin, à la suite du réquisitoire du procureur général près la Cour Constitutionnelle. Des voix se sont élevées pour crier au scandale quant à l’attitude des sénateurs qui, selon certains, ont fait obstruction à la justice. Modeste Bahati Lukwebo, Président de la chambre haute du Parlement congolais, fait depuis l’objet de vives critiques de la part de ceux qui voulaient voir l’ex Premier ministre Matata et consort être conduits directement devant la Justice. Une situation qui ne manque pas de précédent dans l’évolution politique du pays, comme le révèle Jean-Marie Elesse Bokokoma, Président national du Rassemblement pour la Reconstruction de la RD. Congo, RRC.

Pour rappel, Matata Ponyo est, à en croire le rapport de l’Inspection générale des Finances, IGF, l’auteur intellectuel du Parc Agro-Industriel de Bukanga Lonzo, à travers la conception, la planification et les engagements pour paiements de plus de 83% de fonds décaissés directement aux comptes du partenaire Sud-Africain et ses filiales, logés en République Sud-Africaine; et de la société MIC Industries qui n’a pas été reconnue comme le gestionnaire AFRICOM parmi les fournisseurs. Il lui est également reproché le choix du partenaire sud-africain qui n’avait que trois ans d’existence au moment de la signature des marchés publics.

Le rejet, par le Sénat de lever les immunités notamment de Matata Ponyo tel que l’a demandé la Cour constitutionnelle a fait réagir plus d’un. Luzolo Bambi Lessa, ancien ministre de la justice, a jugé carrément d’humiliation au Peuple Congolais le comportement des sénateurs, un déni de démocratie. « Car la justice ne peut s’arrêter à la porte du Parlement. Nous perdons beaucoup de milliards, le peuple est dans la misère et la misère du peuple congolais contraste avec ce comportement du Sénat », a-t-il martelé.

Pourquoi s’en prendre à Bahati ?

Consulté par votre média dans le souci de savoir si la situation présente n’a pas de précédent dans l’histoire institutionnelle de la Rdc, Jean-Marie Elesse, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a rappelé un épisode similaire vécu à l’époque du Zaïre.

Une attitude de Jean-Marie Elesse Bokokoma, président national du RRC

« Nous sommes en Octobre 1996, rappelle Jean-Marie Elesse. Le Premier ministre Léon Kengo wa Dondo fait une mise en place des hauts fonctionnaires de l’Etat, c’est-à-dire les mandataires des entreprises publiques, les gouverneurs des provinces, les ambassadeurs. Il se fait que dans la Constitution en vigueur à cette époque, toute mise en place décidée par le Gouvernement doit être entérinée par le Parlement, avant que le Chef de l’Etat, Mobutu Sese Seko, puisse signer les ordonnances nommant les personnalités ainsi proposées par le Gouvernement. Au sein du Parlement il y avait une commission chargée de passer au peigne fin les propositions du Gouvernement, checker toutes les personnes proposées dans leur background, casier judiciaire, etc. A cette époque où la guerre avec les forces de l’Afdl  avait déjà commencé, le Maréchal Mobutu tenait à ce que certaines personnalités soient impérativement maintenues à leurs postes. Nous avons été saisis pour cela étant donné que c’est moi qui présidais cette commission composée de 66 personnes dont 6 par provinces à raison de 3 de l’opposition et 3 du pouvoir. Une liste concrète de ces personnalités auxquelles le président Mobutu tenait tant m’avait été remise et nous devrions voir ça avec  Banza Mukalay Sungu. J’ai fais comprendre clairement au Chef de l’Etat que la commission était souveraine et qu’il ne m’appartenait pas en tant que président de m’imposer par rapport à ce travail. Heureusement que le Président Mobutu avait compris et il nous a laissé faire notre travail sans interférence d’aucune autre institution ».

Pour le leader du RRC, cet épisode ressemble à celle présente et il ne voit pas pourquoi Bahati Lukwebo le président du Sénat serait pas à plaindre. Car tout ce qui s’est passé à la Chambre haute l’a été par une sanction d’une plénière suite aux votes secrets des sénateurs. Et les résultats étaient tombés avec 46 sénateurs qui ont voté Oui, 49 sénateurs qui ont voté contre et un bulletin nul par rapport à cette demande de la levée des immunités émise par la Cour constitutionnelle. « J’aurai compris si le vote s’était soldé par des voix égales des pour et des contre, et par conséquent la voix du président Bahati allait être prépondérante », a conclu Jean-Marie Elesse.