On en parle ! La RDC pourrait tirer profit des sanctions prises contre la Russie

On en parle ! La RDC pourrait tirer profit des sanctions prises contre la Russie

Depuis le choc pétrolier de 1973, la RDC a connu une régression économique et sociale qui contraste avec ses ressources naturelles abondantes et très diversifiées. La crise multiforme des années 1990 a conduit au déclenchement d’un très long conflit armé dont les effets perdurent encore aujourd’hui. Pendant cette période, la plupart des entreprises publiques sont tombées en faillite et les services sociaux de base ont été détruits. La classe politique s’est montrée incapable d’anticiper les crises exogènes liées à la variation des cours des matières premières dont est très dépendante l’économie congolaise. La RDC essaie de se sortir de l’insécurité et de s’engager dans la voie de la reconstruction. Pour cela, elle dispose de nombreux atouts. L’espoir demeure, malgré tout, de voir le pays se relever.

Depuis son arrivée à la tête du pays, le président Felix Tshisekedi a démontré sa volonté de combattre la corruption. Dès son élection, un procès a été organisé pour juger les personnes responsables d’un détournement des sommes allouées au Programme des 100 jours. La RDC représente désormais un marché de plus de 100 millions d’habitants et offre de nombreuses opportunités d’investissement dans tous les secteurs. Selon un rapport de la CNUCED, les flux d’IDE à destination de la RDC ont augmenté de 1,5 à 1,6 milliard de dollars entre 2019 et 2020. En 2020, malgré la crise du Covid-19, la RDC a connu une croissance positive et en 2021, estimée à 5,7 % en 2021. Pour l’année 2022, le gouvernement table sur une croissance de plus de 6 %.

Une mine à ciel ouvert en RDC (Photo droits tiers)

Le contexte est donc plutôt favorable, même si une lutte pour l’accès aux matières premières engendrée par l’apparition de nouveaux acteurs économiques majeurs comme la Chine et l’Inde devrait se poursuivre. La rareté des matières premières devrait logiquement tirer les cours de celles-ci vers le haut, selon la loi de l’offre et de la demande. La RDC pourrait profiter des sanctions prises contre la Russie et représenter une alternative pour fournir certaines matières premières. Mais saura-t-elle en tirer profit ? Pour que la croissance engendre le développement, il faut une bonne gestion des ressources naturelles. Cette gestion est un élément vital qui conditionne l’indépendance politique de la RDC mais également son développement. La RD Congo doit concilier ces deux impératifs et définir une « diplomatie économique de valorisation des ressources naturelles et stratégique » pour optimiser les recettes et prévenir les conflits liés à l’accès aux ressources naturelles.

Présence d’entreprises congolaises responsables

Dans le cadre de sa collaboration avec les partenaires privés, l’État doit veiller aux retombées sociales et encourager les entreprises qui contribuent au développement des infrastructures et services de base, a fortiori si elles sont congolaises. A ce titre, on peut citer les actions du Groupe Forrest International, présidé par George Forrest, présent en RDC depuis 1922 et qui vient de fêter ses 100 ans d’activité. Forrest International développe et coordonne des projets d’intérêt social au bénéfice des populations, notamment grâce à sa fondation Rachel Forrest. En partenariat avec les autorités locales, le groupe contribue au développement du secteur de l’agriculture durable, de l’éducation et de la santé, en permettant des transferts de compétences médicales ou en faisant des dons de produits pharmaceutiques. Il est également présent dans les énergies renouvelables via sa filiale Congo Energy, qui investit massivement dans la construction d’infrastructures hydroélectriques et solaires.

D’autres entreprises bien implantées dans le pays, comme La minoterie de Matadi, Midema, une société agricole de la province du Kongo Central spécialisée dans la production de la farine de froment et engagée contre la fraude et la contrebande, participent de ce mouvement d’essor économique et de responsabilisation accrue des partenaires privés.

Si l’exemple donné par ces entreprises est encourageant, la RDC doit avoir en tête que les préoccupations relatives à la protection de l’environnement, à la reconstruction post-conflictuelle et au développement économique et social incombent principalement à l’État. Par conséquent, dans son partenariat avec le secteur privé, l’État doit défendre ces enjeux et mener une politique volontariste. Cela passe par une politique de planification ou d’orientation économique affirmative. Par exemple, pendant le conflit, de nombreux contrats léonins ont été signés. Ces contrats ont été imposés à la RDC par le biais de l’Accord Global et inclusif signé en Afrique du Sud en 2002. A la fin de la présidence du président Joseph Kabila, un Code minier a été adopté pour tenter de corriger le déséquilibre résultant de ces contrats. L’État doit veiller à son application et assurer, enfin, une bonne gouvernance.

Tribune Dr. Wutibaal KUMABA MBUTA