Félix Tshisekedi à Naïrobi. Les non-dits d’un voyage aux enjeux sensibles

Félix Tshisekedi à Naïrobi. Les non-dits d’un voyage aux enjeux sensibles

Le Président Felix Tshisekedi est dans la capitale kenyane depuis le jeudi 8 Avril 2022. Au menu de cette visite officielle de deux jours, il y a la signature officielle par la République démocratique du Congo, RDC, du traité de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) ainsi que d’autres accords bilatéraux, notamment sur l’agriculture. Le Chef de l’Etat congolais prendra également part à un sommet quadripartite dont on ne parle pas beaucoup dans ce voyage alors que l’objet est d’une sensibilité particulière.

La visite du Président Tshisekedi intervient quelques jours après que Nairobi a accueilli l’assemblée régionale sur la région des Grands Lacs qui s’est concentrée sur le rôle du parlement dans la résolution des conflits, alors qu’ils cherchaient à améliorer la paix et la prospérité dans la région, renseigne la presse kenyane. Ce forum qui s’est tenu du 2 au 6 avril a réuni les parlements nationaux de douze États membres de la région des Grands Lacs, à savoir ; Angola, Burundi, République centrafricaine, République du Congo, République démocratique du Congo, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Ouganda, Tanzanie et Zambie.

Un communiqué publié par le ministère kenyan des Affaires étrangères a indiqué que les chefs d’Etat des Etats partenaires de l’EAC seront à Nairobi pour la signature du traité de l’EAC par le président de la RDC.

Quid du sommet quadripartite

Le président Kenyatta présidera le samedi 9 Avril un sommet quadripartite entre le Kenya, la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Selon certaines sources, cette rencontre se concentrera principalement sur la révision de la déclaration de Nairobi de 2013, car les partisans de la crise dans l’est du Congo seront très probablement sous un même toit, sauf pour Kenya qui joue le rôle de médiateur.  La présence à ce sommet respectivement du président ougandais, Yoweri Museveni, et rwandais Paul Kagame serait déjà assurée d’après plusieurs sources, renseigne encore la presse kenyane.

Une image au front des Forces armées de la RDC, FARDC, dans la lutte contre les forces négatives à l’Est du pays (Photo droits tiers)

Les forces ougandaises sont présentes depuis longtemps dans l’est de la RDC, combattant conjointement les groupes rebelles basés dans la région. Ce, alors que Kigali est depuis longtemps accusé par Kinshasa de soutenir le M23. Une thèse toujours rejetée par l’administration Kagame.

De la Déclaration de Nairobi

En décembre 2013, sous la surveillance des présidents Uhuru Kenyatta, Joyce Banda du Malawi et Yoweri Museveni, le groupe rebelle et le gouvernement congolais ont signé la déclaration de Nairobi pour mettre fin à l’âpre conflit à State House, Nairobi.

Cette déclaration qui a été signée lors du 50ème jour de l’indépendance du Kenya, a eu comme décision principale faire en sorte que le M23 mette fin à la rébellion et se transforme en parti politique légitime. La dissolution de ce mouvement en tant que groupe armé ainsi que la démobilisation et le renoncement à la violence comme moyen de faire valoir de futures revendications ont composé le lot des décisions.

Cité par la presse kenyane, Ken Vitisia, l’une des principales personnalités diplomatiques impliquées dans l’accord de paix entre le M23 et la RD Congo, affirme que l’examen de la mise en œuvre de l’accord est crucial pour la stabilité de l’est du Congo. L’ancien envoyé des Grands Lacs soutient que l’organe de paix et de sécurité de la Communauté de l’Afrique de l’Est devrait maintenant marteler et faire pression sur les États partenaires qui interfèrent avec la région. « Vous ne pouvez pas avoir un État membre soutenant des rebelles dans un autre État partenaire. C’est criminel », martèle-t-il, avant d’ajouter « L’adhésion de la RDC à l’EAC est une bonne occasion de mettre fin aux guerres par procuration. La communauté devrait initier une force d’intervention de maintien de la paix qui nettoiera la région ». Pour cet homme d’Etat kenyan, toujours d’après la presse locale, les rebelles du M23 devraient déposer les armes et négocier pour faire partie du gouvernement. Une option qui aura du mal à passer dans l’opinion publique congolaise.