Entre Kinshasa et Kigali, ces vérités qui mettent Blinken mal à l’aise

Entre Kinshasa et Kigali, ces vérités qui mettent Blinken mal à l’aise

En visite mardi à Kinshasa la capitale congolaise, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a évoqué la préoccupation des États-Unis après des informations « crédibles » faisant état d’un soutien du Rwanda au M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo, RDC. C’est l’essentiel du message que certains congolais voulaient entendre de l’homme d’Etat américain, bien que jugé insuffisant par d’autres. Les regards étant maintenant tournés vers Kigali pour suivre les déclarations de Blinken dans la capitale rwandaise sur ce dossier.

Accueilli au pied de l’avion à l’aéroport international de N’Djili par le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Christophe Lutundula, le chef de la diplomatie américaine a été conduit directement après auprès du président Félix Tshisekedi. Pour cette visite plein de symboles, le nouveau palais présidentiel de Mont-Ngaliema a servi de cadre, marquant ainsi son inauguration. Un tête-à-tête de quelques heures avec le Chef de l’Etat congolais a précédé la conférence de presse qu’Anthony Blinken a co-animée avec Christophe Lutundula. « Nous sommes très préoccupés par les informations crédibles selon lesquelles le Rwanda a soutenu le M23… Tous les pays doivent respecter l’intégrité territoriale de leurs voisins », a déclaré en substance le secrétaire d’État américain.

Dans un rapport de 131 pages au Conseil de sécurité de l’ONU consulté par de médias la semaine dernière, des experts missionnés par cette institution ont déclaré que les troupes rwandaises étaient intervenues militairement à l’intérieur de la RDC depuis novembre 2021. Le Rwanda a également « fourni des renforts de troupes » pour des opérations spécifiques du M23, selon ce rapport des experts, « en particulier lorsque celles-ci visaient à s’emparer de villes et de zones stratégiques ».

« Nous demandons que le Conseil de sécurité publie ce rapport dans son intégralité », a déclaré pour sa part Christophe Lutundula, chef de la diplomatie congolaise.

« Toute entrée de forces étrangères en RDC doit se faire de manière transparente et avec le consentement de la RDC. C’est la raison principale pour laquelle je suis ici… Il est juste de dire que nous ne fermons certainement pas les yeux », a indiqué M. Blinken, avant d’ajouter que les États-Unis apportent un soutien aux « très importants efforts de médiation menés par l’Afrique ».

Dans un communiqué, 19 organisations congolaises et américaines ont appelé à une condamnation ferme de Kigali. « Antony Blinken devrait clairement affirmer que les États-Unis imposeront des sanctions ciblées aux responsables gouvernementaux et aux autres personnes qui soutiennent des groupes armés qui commettent des abus » » dans l’est de la RDC, ont écrit ces organisations.

Face à Kagame

Après Kinshasa, Anthony Blinken est à Kigali ce mercredi 10 Août 2022, pour 24 heures également. Les organisations précitées sont sur le diplomate américain pour le voir délier suffisamment sa langue chez ce voisin de la RDC.

« Le secrétaire d’État Blinken devrait informer le président rwandais Paul Kagame que les États-Unis ne toléreront aucun soutien au M23, comme l’a fait le président Barack Obama en 2012 », a déclaré le Père Rigobert Minani Bihuzo du Centre d’études pour l’Action sociale, CEPAS, un des signataires.

Le chef de la diplomatie américaine devrait pendant ses visites au Rwanda et en RDC « exprimer clairement les vérités qui dérangent », « condamner publiquement les attaques du M23 dans les termes les plus fermes » et « avertir le Rwanda des conséquences de son soutien au M23 », a estimé l’ONG américaine Human Rights Watch, HRW. « Comme en 2012, le M23 commet des crimes de guerre contre des civils » dans l’est de la RDC, souligne cette organisation de défense des droits de l’homme, en précisant que « des témoins ont décrit des exécutions sommaires d’au moins 29 personnes ».

M. Blinken a demandé au M23 et à tous les groupes armés locaux et étrangers de déposer les armes et d’intégrer le processus de paix.

LesNews/AfricaNews