Adieu Pelé ! Le roi, immortel, qui a joué au football à Kinshasa, Brazzaville et Pointe-Noire

Adieu Pelé ! Le roi, immortel, qui a joué au football à Kinshasa, Brazzaville et Pointe-Noire

La Planète Terre tout entière est en deuil. Le Roi Pelé a rejoint l’au-delà. Le cancer du colon qui le terrasse depuis 2021 l’a mis hors touche ce jeudi 29 Décembre 2022, à 82 ans, à l’hôpital Albert-Einstein de Sao Paulo sur sa terre brésilienne. Il emporte avec lui la couronne aux multiples branches notamment du meilleur joueur mondial du siècle, du meilleur d’athlète du siècle et de tri-champion du monde de football. Celui qui a été consacré roi du ballon rond dès l’âge de 17 ans, démontra que le talent est universel et surtout partagé par tous les humains. Sa descente en Afrique avec son club Santos pour jouer au football notamment à Kinshasa, Brazzaville et Pointe-Noire restera inoubliable.

Si Pelé est considéré comme le plus grand de tous, il le doit aussi à sa propension à ne pas avoir raté ses rendez-vous cruciaux et à ne pas s’être fait trop étourdir par la célébrité. Il est le symbole de la rationalité sportive. Son talent se met au service du spectacle, mais c’est aussi sa meilleure arme pour vaincre. Il n’est pas un puriste du jeu. Il est un gagneur qui raisonne avec des objectifs chiffrés, comme dépasser les 1 000 buts inscrits (1 281 au total en 1 363 matchs sur 21 ans de carrière).

La célébration du 100ème but de Pelé (Photo droits tiers)

Il a marqué six fois cinq buts dans un seul match, trente fois quatre buts et quatre-vingt-douze fois trois buts. Son record sur une seule rencontre ? Huit réalisations, contre Botafogo en 1964. Pour beaucoup, et comment leur donner tort, il est le meilleur joueur de l’histoire du sport le plus populaire de la planète, tout simplement. Ballon d’Or d’honneur début 2014, nommé dans la « Dream Team FIFA » au début des années 2000, il restera aussi comme l’auteur en mars 1961 du « plus beau but de l’histoire du Maracana », le mythique stade de Rio de Janeiro, quand il remonte le ballon sur soixante-dix mètres mètres et élimine sept joueurs avant de prendre le gardien de Fluminense à contre-pied.

La légende de Pelé ne s’est inscrite que sous trois couleurs. Celle de l’équipe nationale du Brésil, le Santos FC où il fit presque toute sa carrière et le Cosmos de New-York où il termina sa carrière. Sous les couleurs du Santos FC, il conduit cette équipe au Panthéon du Ballon rond. C’est d’ailleurs avec ce club qu’il fit sa tournée en Afrique en 1967 et 1969.

Les Congo honorés par Pelé en 1967 et 1969

« En mai, je m’envolai pour jouer au Sénégal, au Gabon, au Congo et en Côte d’Ivoire. Cette expérience bouleversa ma vision du monde et, réciproquement, la vision que le monde avait de moi. Notre venue suscita un grand intérêt : des dizaines de milliers de gens nous accueillaient à chaque aéroport, nous applaudissaient dans les rues, venaient assister aux matchs. Les pays hôtes déployaient souvent des soldats pour contrôler la foule. On aurait dit que tout le monde en Afrique voulait nous voir, nous toucher, comme pour s’assurer que nous étions bien réels », écrivit Pelé dans ses mémoires en souvenirs de sa tournée africaine avec son club du FC Santos.

Santos FC et l’équipe nationale du Congo/Kinshasa, au stade du 20 Main, en 1967 (Photo droits tiers)

1967 : Kinshasa

En 1967, Pelé a 27 ans. Il est devenu papa en janvier. Au sommet de son art et de sa gloire, le roi du footbal choisit l’année de la naissance de sa fille Kelly Cristina pour faire un retour aux sources. Avec son équipe le Santos FC, il effectue une tournée dans cinq États d’Afrique subsaharienne. Ce long périple le conduit en RDC, au Congo- Brazzaville, au Gabon, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Le rendez-vous avec le foot congolais a lieu à Kinshasa le 2 juin dans un stade Tata Raphaël archicomble. Le président Mobutu est présent. Le général a vu jouer Pelé devant un public estimé à plus de 75.000 spectateurs.

Ce match officié par l’arbitre international Fula est remporté par Santos sur le score étriqué de 2 buts à 1. Les buteurs du jour sont le Géomètre Nicodème Kabamba pour les Léopards et Pelé pour Santos.

1967 : Brazzaville

L’équipe du FC Santos du Roi Pelé devrait seulement rencontrer les équipes nationales du Gabon et du Congo Kinshasa et que le Congo Brazzaville n’était pas au programme. Mais le président Massamba Débat dépêcha un émissaire auprès des dirigeants du FC Santos pour que leur équipe accepte de jouer avec l’équipe nationale du Congo, c’est ce qui fut fait. Le 7 juin 1967 a lieu la rencontre entre les deux équipes. Le match se termina par un score de 3 à 2 en faveur du FC Santos. Ce faisant, Jadot, Foundoux Mulélé ont driblé Pelé. Foundoux Mulélé prendra même le luxe de faire à Pelé un petit pont et son coéquipier qui était à côté de lui a sautillé comme s’il avait marqué un but. Ce qui fera dire au Roi Pelé « qu’en Afrique Centrale on connait aussi jouer au football »

1969 : Pointe-Noire

Le passage inattendu à Brazzaville de la star mondiale du football, Pelé, en juin 1967, avait laissé un arrière-goût d’inachevé à Pointe-Noire. En janvier 1969, l’idole brésilienne revint au Congo, Brazzaville. Santos devait d’abord jouer à Pointe-Noire, le 19 janvier, avant de clôturer le show à Brazzaville le 21 puis traverser le fleuve Congo pour se mesurer avec les Léopards.

Sur le papier des pronostics, même les analystes les plus naïfs n’avaient donné aucune chance aux azuréens de Pointe-Noire. Les professionnels de Santos avaient la cote. Pelé, Edou, Eder, Ze Maria ne se firent pas prier pour étaler leurs immenses talents à la satisfaction générale. Alors qu’à l’affiche, l’addition menaçait de grimper au-delà de trois buts pour les visiteurs, le fétiche « mbuumba » vili décida de se mêler à l’affaire pour éviter le ridicule à l’équipe locale. Une pluie fine se mit à tomber tout doucement pour adoucir Pelé et ses coéquipiers. Et comme s’ils avaient saisi le mystérieux message, Pelé et les siens cessèrent leurs offensives, pour s’adonner à une démonstration de leurs talents. Score final, 3-0.

Il sied de noter qu’à sa manière, Pelé a dépassé le cadre du football pour transgresser les codes sociaux et raciaux du Brésil. Son après-carrière constitue d’ailleurs aussi une révolution. Il est le premier sportif retraité à obtenir un rôle important auprès de l’ONU et de la Fifa pour mener des actions humanitaires. Messages de prévention contre la drogue, commission du fair-play, Téléthon de l’Unesco pour les enfants en difficulté et même une participation au processus de paix israélo-palestinien, il aura été un exemple de reconversion pour les gloires futures

Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, restera à jamais une légende planétaire.