Elections 2023 : La sécurisation du processus vivement débattue dans une table-ronde à Kinshasa

Elections 2023 : La sécurisation du processus vivement débattue dans une table-ronde à Kinshasa

A environ une semaine du lancement de l’opération d’enrôlement et d’identification des électeurs par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, dans la perspective des élections générales de Décembre 2023 en République démocratique du Congo, RDC, de problèmes d’insécurité demeurent dans certaines parties du pays. La question a été notamment débattue à l’occasion d’une table-ronde de médias qui s’est tenue le mercredi 14 Décembre 2022 à Kinshasa sous le thème : « Inscription des électeurs et sécurité : implication pour le processus électoral ».

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Pour animer ce débat, quatre panélistes étaient sur le podium : Dave Banza, Directeur du cabinet adjoint du président de la Ceni ; professeur Germain Kuna, Expert électoral ; Pélagie Makiedika, Experte électorale et présidente de l’Ong Cause rurale et l’Honorable Guy Mosomo, député national.

En illustration de la préoccupation du jour, le modérateur Patient Ligodi a projeté à l’attention des participants deux reportages réalisés par les soins de son média actualite.cd au niveau respectivement de Kwamouth dans la province de Mai-Ndombe, et de Menkao dans la ville-province de Kinshasa.

Dans ces deux vidéos projetées, l’assistance a suivi de témoignages révélant au grand jour les situations d’insécurité vécues dans ces contrées et qui ont soit fait fuir un grand nombre d’habitants, soit mis les habitants dans une inquiétude sans précédent. A la base, de conflits interethniques impliquant des assaillants dont les identités échappent parfois aux communs des habitants et même aux services de sécurité et de défense. Ce qui constitue un vrai souci, surtout que ces zones se trouvent dans l’Aire 1 concernée par l’opération d’enrôlement et d’identification des électeurs dont le début est prévu le dimanche 24 Décembre 2022.

Face à la psychose qui gagne de citoyens par-ci par-là, les panélistes ont tous souligné et rappelé que la sécurité physique des personnes et des biens est de l’apanage du Gouvernement à travers ses différentes forces.

Ce, sans oublier que dans ce contexte électoral, la question de la sécurité morale et psychologique des électeurs est de la responsabilité de la Centrale électorale, ont souligné certains panélistes, principalement Pélagie Makiedika, Experte électorale. Il s’agit ici pour la Ceni de rassurer sur la fiabilité, la normalisation et la transparence du processus en lui-même.

Ainsi se sont dégagés deux concepts sécuritaires qui ont alimentés le débat et les réactions dans l’assistance.

Organiser les élections oui, mais dans quelles conditions ?

Si tout le monde dans la salle était unanime sur l’impérieuse nécessité de la tenue des élections, les avis ont cependant divergé quant aux conditions de la tenue de ces élections. Faut-il y aller malgré tout ? Se sont interrogés en substance plusieurs intervenants, en invoquant le cas de déplacés internes victimes de l’insécurité dans certaines contrées du pays.

Au sujet des déplacés internes qui sont obligés involontairement de quitter leurs lieux de résidence pour s’abriter ailleurs dans de camps ou dans des familles d’accueil, la Ceni, par la bouche de Dave Banza, Directeur du cabinet adjoint du président de la Ceni, rassure par son expérience acquise être non seulement assez outillée techniquement, mais surtout avoir pris de dispositions conséquentes par rapport au processus en cours.

« Il y a plus de 20 ans que le pays connaît de conflits armés dans certains coins. Nous avons organisé des élections en 2006, 2011, 2018, les conflits internes ont toujours existé et occasionné des déplacés de populations. Aujourd’hui avec des statistiques vérifiées, il est indiqué 6 millions de déplacés internes. La Ceni a déjà, grâce à ses préposés, identifié de sites dans des zones à conflit où loger des centres d’inscription. Ainsi, pour tous ceux qui sont dans de camps de déplacés, le principe est qu’ils seront identifiés par rapport à leurs lieux de résidence habituelle, tandis que ceux qui sont dans de familles d’accueil seront identifiés par rapport à leurs lieux de résidence d’accueil », a-t-il indiqué.

Ce, alors que les personnes concernées peuvent aussi mentir. Malheureusement a relevé  Dave Banza, « la Ceni qui fonctionne dans un système déclaratif ne reçoit que des déclarations et n’est pas une institution d’investigation pour savoir qui ment et qui dit la vérité… ».

Face à ce tableau, le professeur Germain Kuna, expert électoral, a, pour sa part, a attiré l’attention de tous sur le fait qu’« il n’y aura pas une identification ou des enrôlements parfaits ! ». Avant d’ajouter : « Il y aura certainement de problèmes. Ceux-ci peuvent ne pas toujours provenir de là où nous sommes en train de parler aujourd’hui. Les problèmes peuvent aussi être provoqués par la mauvaise gestion de sites de vote, par la révolte des agents de la Ceni lorsqu’ils ne sont pas suffisamment motivés, par des policiers commis à la sécurisation s’ils ne reçoivent pas leurs soldes peuvent aussi arriver à poser des actes de nature à perturber les opérations, les gangs de quartiers, appelés communément « Kuluna » peuvent aussi causer de troubles… Ne nous focalisons pas seulement sur ce que nous vivons aujourd’hui, mais ayons une vision globale ».

Pour y faire face, « Il faut une intelligence stratégique de la part de la Ceni, de la part du Gouvernement qui a la responsabilité de sécuriser, mais aussi de la part de l’Armée. Je pars du postulat selon lequel toutes les parties prenantes du processus sont des potentielles menaces », a encore souligné le professeur Germain Kuna

L’Honorable Guy Mosomo, député national élu de Kwamouth, s’est appesanti tout justement sur le cas de cette circonscription électorale aujourd’hui encline à l’insécurité avec déplacements sensibles de populations vers d’autres contrées en dehors de la province.

« J’espère vraiment que la Ceni fera montre d’intelligence stratégique, afin de répondre à la vraie préoccupation de populations de Kwamouth, qui tiennent à apporter leurs voix au profit de leur circonscription électorale. S’accrocher absolument à la loi sans faire preuve de pragmatisme risque de préjudicier certaines circonscriptions aujourd’hui en situation de conflits. La Ceni doit éviter d’être coupable parce que de populations l’accuseront de ne leur avoir pas permis d’apporter leurs voix là où il fallait et comme il le fallait », a fait remarquer l’élu national Guy Mosomo.

Présent également dans la salle, Joseph Senda, Directeur des opérations de la Ceni, est aussi intervenu.

« Je voudrais ici apporter quelques précisions étant donné que certains cherchent souvent à mettre sur le dos de la Ceni de responsabilités qui ne sont pas les siennes. Par exemple, il ne revient pas à la Ceni de gérer un camp de déplacés », a-t-il relevé.

« Nous ne savons pas ce qui peut arriver demain. Nous demandons à tout le monde de s’impliquer, notamment les politiciens qui sont les vrais bénéficiaires du processus électoral, pour que la paix revienne partout où il le faut. La sécurisation du processus revient à la Police Nationale. Nous travaillons bien sûr dans le cadre du plan opérationnel de la sécurisation, avec comme numéro 1 le Commissaire général de la Police et le président de la Ceni est le numéro 2. Il revient alors à la Police nationale de faire son travail. Je peux vous apprendre par exemple que nos préposés dans certaines contrées en troubles ont été escortés par des groupes armés pour la réalisation des opérations dans le cadre du processus électoral. Il nous est difficile de sortir du cadre légal et s’occuper de tâches qui ne sont pas de notre pouvoir. La Police nationale doit faire son travail », a-t-il renchéri.

Certains représentants de la Société civile dans la salle ont vraiment insisté sur le fait que la situation de conflits dans de circonscriptions électorales ne garantissent pas des opérations sécurisées, avec de conséquences que l’on peut imaginer dans les résultats. Bien que les élections parfaites ne seront toujours pas possibles, les participants ont souligné sur le caractère interpellateur de différentes interventions, tout en regrattant l’absence du ministre de l’Intérieur ou de son représentant dans ces échanges.

A noter que cette « Table ronde des médias » qui s’est tenue à Kinshasa-Gombe, dans la salle Capitole, à Rotana, a été organisée par « Kinshasa News Lab », avec l’appui technique de l’IRI et de l’Internews, sous le financement de l’USAID ainsi que des coopérations suédoise et suisse.