Page d’histoire : Il était une fois le Maréchal Mobutu, Nyembo Shabani et Jean-Marie Elesse
La République démocratique du Congo, RDC vient d’être amputée de l’un de ses hommes d’Etat les plus ispirants, avec la disparition le vendredi 21 Août 2026 à Kinshasa, de Jean Nyembo Shabani. Plusieurs fois ministres notamment des Finances, de l’Economie et du Budget, PDG de la Gecamines Holding, ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo, BCC, et ancien Vice-premuer ministre, Nyembo Shabani, Professeur d’université par dessus-tout, restera une référence notable. Le présent récit que publie votre media et qui révèle un pan d’histoire de cet illustre personnage, témoigne de la position stratégique qu’à eu à occuper cet homme consacré au service de l’Etat.
Les faits se déroulent en 1990, année charnière de l’histoire de l’ex Zaïre, et mettant en scène le Maréchal Mobutu, Nyembo Shabani et Jean-Marie Elesse.
« Le grand changement politique au Zaïre
Ayant pris conscience que les paramètres géopolitiques du monde ont changé avec la fin de la guerre froide, le Maréchal Mobutu décide, après les consultations nationales, de faire évoluer son régime politique vers le multipartisme en mettant fin au régime du parti-Etat. Le 24 avril 1990, il prononce l’un de ses plus importants discours. Il annonce l’avènement de la démocratie multipartiste, son départ de la tête du MPR qui devient un fait privé, la libéralisation vestimentaire, etc. A la suite de ces changements, le pays va traverser des zones de turbulences terribles avec la Conférence Nationale Souveraine (CNS), la répression violente de la marche de chrétiens, les pillages…
Le Maréchal Mobutu doit s’adapter à la situation politique
Lâché par ses partenaires occidentaux (Etats-Unis, Belgique, France) qui ont arrêté leurs coopérations avec le régime et par voie de conséquence la fin de la complaisance complice sur les nombreuses violations des droits de l’homme et de règles Démocratiques, le Maréchal traverse une passe difficile. Il ne peut plus recourir à la répression politique comme à l’époque du Parti-Etat même si cet instrument est toujours opérationnel. Il lui reste son deuxième outil de gouvernance : la distribution des avantages financiers et de postes étatiques pour s’assurer une certaine loyauté des acteurs politiques. Là aussi, les moyens financiers commencent à faire défaut puisque l’économie du pays est au plus bas. Grand animal politique, le Maréchal Mobutu est contraint de s’adapter à la situation politique et économique du pays, sans se plaindre.
Jean-Marie Elesse est invité à Gbado-lité
Justement l’histoire de ce jour nous montre cette capacité d’adaptation du Maréchal Mobutu à la nouvelle réalité politique. Et c’est une véritable leçon de science politique congolaise.
Le 23 décembre 1992, le jeune Jean-Marie Elesse, président d’une petite structure de la société civile soutenant le Maréchal Mobutu, reçoit une invitation pour Gbado-Lite. Arrivé à l’aéroport de Ndjili à 5h du matin de ce 24 décembre 1992, il est embarqué à bord d’un avion spécial avec d’autres invités du président Mobutu. A Gbado-Lite, ils sont conduits à Bambu où se trouvaient les bureaux présidentiels. Vers 10h, le cortège du Maréchal arrive, en provenance de Kawele.
Dès qu’il fut installé, le président Mobutu demande à Honoré Ngbanda, son conseiller spécial en matière de sécurité, de faire entrer en premier le jeune Elesse. Ce dernier est reçu par le Maréchal Mobutu qui lui pose courtoisement quelques questions banales sur sa santé et sa famille. Elesse s’installe confortablement dans un fauteuil que le Maréchal lui indique.
Le Maréchal Mobutu accorde les audiences
Le Maréchal demande ensuite à Ngbanda de faire entrer les autres invités un à un selon un ordre précis. Le premier entre et salue respectueusement le Maréchal Mobutu qui s’est levé pour l’accueillir. Le président indique un fauteuil à son hôte tout en lui accordant la parole. A la fin de l’échange, l’invite se lève et s’en va. Le même scénario se répète avec le deuxième et le troisième invité. A la sortie de celui-ci, Honoré Ngbanda qui n’assistait pas aux audiences, rentre dans le bureau et transmet au Maréchal une préoccupation des invités. Ils se plaignent tous de la présence embarrassante de Jean-Marie Elesse pendant les audiences. Ce qui ne leur permet pas de s’exprimer librement. Mobutu dit à Ngbanda qu’ils doivent faire avec parce que Elesse est son invité du jour. L’aigle de Kawele demande à Ngbanda de poursuivre avec les audiences comme prévu. C’est ainsi que les autres invités vont entrer à tour de rôle en se contentant généralement de présenter au Maréchal Mobutu les vœux de joyeux Noël (nous sommes le 24 décembre) et de nouvel an.
Le Maréchal Mobutu reçoit Nyembo Shabani
Enfin, c’est le tour du dernier invité : Nyembo Shabani, le gouverneur de la Banque centrale du Zaïre. Cette fois-ci, Mobutu commande à son maître d’hôtel d’apporter une bouteille de champagne, deux verres et de gâteaux. Il ordonne gentiment à Elesse d’aller s’installer dans la pièce à côté le temps de l’entretien avec le gouverneur Nyembo. Après environ 30 minutes d’échange, le président Mobutu libère Nyembo Shabani et fait revenir Elesse dans la pièce principale. Et là, le Maréchal pose la question à Elesse: » As-tu compris pourquoi je t’ai fait venir ici aujourd’hui ? « . Et Elesse de répondre: » Avant l’entrée du gouverneur Nyembo Shabani, je ne comprenais pas la raison de ma présence. Mais quand le gouverneur est entré et que vous m’avez fait sortir, j’ai tout compris ! ».
Le Maréchal : » Tu as compris quoi ? ».
Elesse: » Vous m’avez fait venir pour que, par ma présence, vos invités soient embarrassés de vous demander de l’argent. Et pour le gouverneur, en me faisant sortir, j’ai compris que cette fois-ci c’est vous qui allez lui demander de l’argent. »
Le Maréchal Mobutu va alors éclater de rire en disant à Elesse » Tu es très futé jeune homme ! » »
Se/Thomas Luhaka Losendjola
