Parlons-en ! Qu’est-ce qui distingue le RDC-PASS au SSN américain ?
La République Démocratique du Congo a récemment franchi un cap majeur dans sa transformation numérique avec le lancement officiel de « RDC-PASS ». Ce système national d’identification numérique est une réforme majeure visant à moderniser l’administration congolaise. S’il s’inscrit dans la même logique d’identifiant unique que le numéro de sécurité sociale, SSN, américain, il se distingue entre autres par sa nature 100 % numérique et son modèle de gouvernance, mais pas seulement.
C’est en effet dans le cadre du processus de numérisation des services publics que le Président Congolais, Félix Tshisekedi, a lancé, le samedi dernier à Kinshasa le nouveau système national d’identification numérique dénommé « RDC-Pass ».
Ce système national d’identification numérique, conçu comme un identifiant unique, gratuit et sécurisé, est comparé par d’aucuns au célèbre numéro de sécurité sociale, SSN, en vigueur aux États-Unis. Mais si les deux outils visent à simplifier la vie des citoyens, leurs architectures et leurs philosophies présentent de distinctions remarquables.
S’il faut parler de quelques points de convergence dans les deux cas, la philosophie de base est la même, celle de faciliter la vie administrative des administrés. Autant le SSN américain permet d’ouvrir un compte en banque, de trouver un emploi ou de payer ses impôts, autant le RDC-PASS ambitionne de devenir la clé d’accès universelle aux services publics et privés. En RDC, cet identifiant numérique permettra notamment de faciliter l’acquisition d’une carte SIM, d’obtenir un passeport et de payer ses taxes de manière fluide. De plus, les deux systèmes reposent sur un identifiant personnel unique attribué à chaque individu, garantissant ainsi une meilleure traçabilité et une sécurité renforcée.
Côtés différences, on peut parler d’abord de la nature juridique du système. Si aux États-Unis, le SSN est une création physique et un document d’enregistrement national, à l’inverse, comme l’ont rappelé les autorités congolaises lors du lancement, le RDC-PASS n’est ni une carte d’identité ni un registre de population. Il s’agit d’une plateforme d’interconnexion (e-KYC) qui authentifie l’accès du citoyen aux services sans se substituer aux documents officiels existants. Il y a aussi la portée historique et sociale. Le SSN américain a été pensé à l’origine pour la retraite et le suivi des prestations sociales, avant de devenir un outil central pour la solvabilité financière et l’historique de crédit (credit score). Le RDC-PASS, lui, est résolument tourné vers l’avenir dans le cadre de la vision « DRC Digital Nation 2030 ». Il a été nativement conçu pour pallier le manque d’interconnexion des administrations et offrir un accès entièrement libre et gratuit aux services publics numériques. La Gouvernance des données est aussi un point de distinction entre les deux. Le SSN est émis et strictement géré par une agence fédérale américaine (Social Security Administration). Pour sa part, le RDC-PASS est le fruit d’un partenariat technologique public-privé, s’appuyant sur les technologies Web 3.0 pour garantir l’interopérabilité directe entre les opérateurs télécoms, les banques et l’État.
Il sied de souligner que la mise en place du RDC-PASS constitue un bond en avant dans la modernisation de l’État congolais et l’inclusion numérique. Alors que le numéro de sécurité sociale américain s’est construit de manière organique sur près d’un siècle, la RDC fait le choix audacieux d’un guichet unique numérique complet, conçu pour pallier le manque d’infrastructures administratives classiques. Son succès dépendra désormais de l’interconnexion réussie des différentes bases de données publiques (ONIP, État civil, DGI, etc.) et de l’adhésion de la population, sans oublier l’opération alité dans les 26 provinces. Un défi éléphantesque certes mais pas impossible à relever par le géant potentiel congolais.
