Sévère interpellation de Dénis Mukwege à l’UA et aux dirigeants africains
Dans un communiqué publié ce week-end à la suite de « la progression des forces d’agression et d’occupation dans la province du Sud-Kivu », le Prix Nobel de la Paix Dr. Dénis Mukwege, appelle l’Union africaine et les Chefs d’État africains à ne plus tolérer que des Africains soient massacrés par d’autres Africains. Dans la suite, il réitère son appel à l’organisation d’une conférence internationale « pour une sortie durable et juste de la crise et des guerres à répétition dans les Kivu et dans les Grands Lacs ».
D’entrée de jeu, Denis Mukwege exprime dans ce communiqué sa stupéfaction en constantant que le Président de la Commission de l’Union africaine n’a pas, dans un message appelant à la retenue face à l’escalade des tensions dans la région des Grands Lacs, cité expressément « le régime de Kigali comme acteur majeur de la déstabilisation à l’origine des risques accrus de déflagration régionale ».
Cette attitude de l’Union africaine est en flagrante contradiction avec respectivement la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies voté le 21 Février 2025, l’Accord de paix de Washington signé le 5 Décembre, la déclaration du Groupe international de contact du 9 Décembre ainsi que l’allocution de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies lors de la session d’urgence au Conseil de Sécurité le vendredi 12 Décembre, où notamment le Rwanda est clairement cité et reconnu acteur présent dans la guerre à l’Est de la RDC.

« Les Africains épris de justice et de paix ne doivent plus accepter que seule l’Union africaine ne parvienne toujours pas à qualifier le Rwanda comme un État agresseur violant la Charte de l’Union africaine et comme le principal déstabilisateur de la région des Grands Lacs africains », exhorte le Prix Nobel de la Paix.
Alors que le monde a tendance à fermer les yeux et à rester silencieux face à la défiance systémique du régime de Kigali au regard des principes de base du droit international et des droits humains, Dr Mukwege souligne que l’Union africaine et les chefs d’État africains ne peuvent plus tolérer que des Africains soient massacrés par d’autres Africains pour satisfaire des intérêts économiques globaux sans réagir.
« Ne retombons pas dans l’abomination de la traite négrière. Nous avons déjà payé le prix fort de l’esclavage et de la colonisation. Il est temps que les leaders africains montrent l’exemple plutôt que de protéger ceux qui abusent de leur pouvoir avec arrogance, commettent les crimes les plus graves en totale impunité, prennent leur peuple en otage dans un climat de peur et menacent la paix et la sécurité régionales et internationales sans subir l’opprobre de leurs pairs », interpelle Dénis Mukwege.
Pour finir, Mukwege réitère son appel à l’organisation d’une Conférence internationale « pour une sortie durable et juste de la crise et des guerres à répétition dans les Kivu et dans les Grands Lacs » en revitalisant l’Accord-Cadre d’Addis Abeba, qui demeure selon lui le seul accord de paix intégrant une dimension régionale et visant à traiter les causes profondes des conflits dans l’Est de la RDC.
