Enfin ! Kagame décrit les causes profondes de la guerre d’agression à l’Est de la RDC (Tribune)

Enfin ! Kagame décrit les causes profondes de la guerre d’agression à l’Est de la RDC (Tribune)

Une tribune de Sam Kalambay

 

Paul Kagame a parlé… mais il a ouvert une brèche géostratégique.

En accusant l’Europe, Paul Kagame a, malgré lui :

  • confirmé l’existence d’une chaîne mondiale de prédation ;
  • reconnu les circuits illégaux des ressources congolaises ;
  • admis le rôle du corridor rwandais dans les flux miniers ;
  • exposé l’importance géopolitique de la RDC dans l’économie mondiale.

Le monde doit désormais répondre à une question simple : Qui permet réellement que les minerais congolais soient « vendus à Anvers » ?

En cherchant à retourner les projecteurs vers l’Europe, Paul Kagame vient d’admettre, à demi-mot, les véritables dynamiques qui nourrissent depuis 30 ans les guerres d’agression répétitives et le génocide silencieux imposé au peuple congolais.

Qu’il le veuille ou non, ses déclarations exposent deux réalités fondamentales :

  1. Oui, les puissances extérieures profitent illégalement des minerais congolais… mais par quel corridor ?

Lorsque Paul Kagame accuse les Européens d’avoir « pillé mieux que quiconque » et d’acheter des minerais prétendument « légitimes », il confirme l’existence d’un vaste système géo-économique de prédation internationale centré sur les richesses du Congo.

Mais une série de questions s’impose, implacable :

  • Par quelles frontières passent les minerais congolais qui alimentent Anvers, Dubaï ou Genève ?
  • Par quels réseaux clandestins transitent l’or, le coltan, les diamants et le tantale volés à la RDC ?
  • Qui militarise, sécurise et organise ces filières transfrontalières depuis des décennies ?

L’aveu involontaire du président rwandais révèle que le Rwanda n’est pas un simple spectateur, mais bien le pivot logistique et militaire par lequel ces minerais sont extraits, blanchis et exportés vers les marchés mondiaux.

  1. « Seul le Rwanda est ciblé » : une phrase qui confirme la responsabilité structurelle de Kigali.

Lorsque Kagame affirme que « seul le Rwanda est pris pour cible », il ne fait qu’acter une évidence : aucun autre pays de la région n’a institutionnalisé une économie basée sur la revente de minerais congolais sous couvert d’entreprises nationales, de réseaux militaires et de groupes armés mandataires.

Cette phrase contredit lui-même :

Si l’Europe réagit davantage aux accusations visant Kigali, c’est parce que les rapports de l’ONU, de l’UA, de l’UE, de la Banque mondiale, du CICR, des ONG internationales et mêmes d’anciennes autorités rwandaises convergent tous vers le même constat : il existe une chaîne d’exploitation dont le Rwanda constitue le maillon central, à la fois politique, militaire et économique.

Ce n’est pas un hasard : les minerais « rwandais » exportés vers l’Europe dépassent largement la production réelle du Rwanda.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes.

  1. Le président Kagame confirme indirectement la thèse congolaise.

En dénonçant l’Europe, Paul Kagame révèle ce que la RDC répète depuis 30 ans que le Congo est victime d’un système géostratégique à plusieurs étages : trafiquants internationaux, firmes occidentales, multinationales asiatiques… et États voisins qui assurent la logistique de l’agression.

Mais Kagame oublie un détail majeur : s’il y a pillage européen, c’est parce que Kigali ouvre volontairement le corridor rwandais aux minerais volés dans le Kivu, l’Ituri et le Maniema.

Autrement dit : sans le rôle d’intermédiaire du Rwanda, les circuits européens seraient immédiatement asphyxiés.

Sans l’agression armée, l’occupation de localités stratégiques et le contrôle des routes minières par le M23, rien de tout cela ne serait possible.

 

Sam Kalambay

Acteur politique

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