Querelles autour de Tshisekedi : Jean-François Ledrian déshabille Tibor Nagy
La scène politique congolaise ne se joue plus seulement à Kinshasa, elle s’invite désormais sur le terrain de la joute verbale internationale. Dernier épisode en date : un échange par médias interposés où Jean-François Ledrian, activiste français connu pour son franc-parler, a littéralement « démonté » l’ex-sous-secrétaire d’État américain, l’accusant d’hypocrisie et de soutenir un « régime de Kigali » prédateur. Cela fait suite aux récentes critiques de l’américain contre le Président Félix Tshisekedi.
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Tibor Nagy, ancien sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, pensait sans doute livrer une analyse routinière en exprimant son « regret » d’avoir soutenu l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi en 2018. Selon lui, l’actuel président congolais ne serait « pas différent » de ses prédécesseurs et faillirait à défendre les intérêts de son peuple. Une sortie qui a provoqué une onde de choc, mais surtout une riposte cinglante de Jean-François Ledrian.
L’activiste français, connu pour ses positions tranchées sur la région des Grands Lacs, n’a pas utilisé de pincettes pour répondre à l’Américain. Pour Ledrian, les regrets de Nagy sont non seulement « insignifiants », mais surtout révélateurs d’une mémoire sélective. « Donc, votre plus grand regret n’est pas d’avoir permis, en 1996 (…) que les États-Unis aident militairement (…) l’Armée patriotique rwandaise à massacrer des enfants, des femmes et des personnes âgées au Congo ? », a-t-il lancé, rappelant les heures sombres de l’histoire sécuritaire de la RDC. Pour Jean-François Ledrian, le véritable grief de Tibor Nagy ne résiderait pas dans le bien-être des Congolais, mais plutôt dans la fermeté de Félix Tshisekedi vis-à-vis du régime de Kigali. L’activiste pointe du doigt une complaisance coupable de la part de l’ancien diplomate envers Paul Kagame.
Le réquisitoire de Ledrian se fait plus précis lorsqu’il évoque la longévité au pouvoir au Rwanda. Il fustige le silence de Nagy face à un Paul Kagame, au pouvoir depuis 1994, ayant modifié la Constitution pour potentiellement y rester jusqu’en 2034.
« Votre hypocrisie est flagrante », assène-t-il, soulignant que Nagy continue de défendre les « préoccupations légitimes » du Rwanda pendant que des rapports de l’ONU et des ONG désignent le régime voisin comme un acteur majeur de la déstabilisation de l’est de la RDC. Pour Ledrian, qualifier Tshisekedi de déception tout en ménageant celui qu’il nomme le « boucher de la région des Grands Lacs » est une aberration morale.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte très tendu, marqué par les déclarations, cette semaine, de Félix Tshisekedi, se disant prêt à accepter un troisième mandat si la population le souhaite, une perspective qui divise et attire l’attention de la communauté internationale.
Entre des intérêts divergents, la figure de Félix Tshisekedi devient le curseur d’une fracture diplomatique majeure concernant la gestion du conflit avec le M23 et les relations avec le Rwanda. Cette querelle de mots a de quoi soulever une question de fond : jusqu’où ira cette escalade verbale internationale ?
