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Genève : L’ASADHO présente une situation mitigée des Droits de l’Homme de la RDC

Près de neuf mois après l’avènement de Felix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo, Maître Jean Claude Katende, Président National de l’Association Africaine de défense des Droits de l’Homme (ASADHO), a présenté un bilan mitigé de la situation des Droits de l’homme à la 42ème session du Conseil des Droits de l’Homme. Devant la tribune, le mardi 24 septembre 2019, il sollicite l’accompagnement du Conseil des Droits de l’Homme pour que la RDC mette en œuvre les recommandations en vue de consolider les signaux favorables qui ont été lancés par le nouveau Chef de l’Etat.

Dans son adresse, Me Katende signale qu’aujourd’hui, avec l’avènement au pouvoir du Président Félix Tshisekedi, une petite fenêtre d’espoir s’est ouverte pour la consolidation de la démocratie et des Droits de l’Homme. Une situation marquée par sa ferme volonté de promouvoir l’Etat de droit, d’une part, et par les actes significatifs qu’il a posés quelques temps après son investiture, d’autre part. Il s’agit notamment de l’ouverture de l’espace civique, la libération d’un nombre important de prisonniers politiques et la fermeture des lieux clandestins de détention.

Il souligne en outre que cette ouverture reste encore très fragile dans la mesure où plusieurs manifestations pacifiques organisées par les organisations sociales (Médecins), organisations des droits de l’Homme (ASADHO, Fondation Bill Clinton pour la paix ou les mouvements citoyens ont été soit empêchées soit réprimées brutalement par les agents de l’ordre.
Plusieurs attaques ou menaces contre les défenseurs des Droits de l’Homme ou autres acteurs de la société civile sont aussi enregistrées.

Les arrestations arbitraires accompagnées des actes de torture sont toujours commises par les policiers, surtout à l’égard des jeunes des mouvements citoyens.

Des inquiétudes

Dans les provinces en conflits armés comme le Nord-Kivu, la situation des Droits de l’Homme ne s’est toujours pas améliorée. Une condition aggravée par l’épidémie d’Ebola et les attaques contre les structures mises en place pour lutter contre cette maladie et prendre en charge les personnes affectées. Si la démobilisation spontanée de certains groupes armés ou de quelques rebelles peut être considéré comme un signe positif, Me Katende suggère qu’un programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration soit mis en place pour une prise en charge responsable de ces miliciens. Sinon il y a risque de les voir reprendre les armes contre les populations civiles. « Nous restons toujours inquiets au sujet des conflits intercommunautaires qui continuent dans certaines provinces notamment en Ituri où les atteintes aux droits de l’Homme sont toujours fréquentes », indique-t-il. Et d’ajouter : « La lutte contre l’impunité est un autre chantier où les progrès sont loin de nous satisfaire ».

C’est vrai qu’il y a des efforts de sanctionner quelques militaires, policiers et membres de groupes armés. Cependant, il reste préoccupé du fait que les hauts gradés militaires et de la police impliquée dans la violation des Droits de l’Homme ne sont toujours pas poursuivis et sanctionnés.

Il note également que certains dossiers des violations des droits de l’Homme qui attendaient l’ouverture des enquêtes ou des poursuites judiciaires de la part des autorités sont restés sans suite à ce jour. Il s’agit notamment de dossiers suivants des assassinats pénétrés par les militaires et les policiers du 19 au 20 septembre 2016, lors des manifestations organisées par les partis politiques de l’opposition et les acteurs de la société civile pour réclamer la convocation du corps électoral par la Commission Electorale Nationale Indépendante ; la commission mixte chargée d’enquêter sur les assassinats survenus lors des manifestations organisées entre décembre 2017 et janvier 2018, par le Comité Laïc de Coordination, CLC, a déjà remis son rapport au Ministre de la justice pour que les enquêtes judiciaires soient organisées, mais rien n’a été fait à ce jour ; les personnalités de l’ancien régime qui ont été sanctionnées par l’Union Européenne ou les Etats Unis pour leur implication dans la violation des Droits de l’Homme, corruption, détournement des fonds publics, entraves au processus électoral, n’ont jamais fait l’objet des poursuites judiciaires au niveau national.

Me Katende demande au Conseil des Droits de l’Homme de garder une oreille attentive en rapport avec le processus de réconciliation nationale qui tient au cœur de nouvelles autorités du pays. « Pour nous, il n’est pas question que ledit processus puisse aboutir à une impunité totale pour les auteurs des violations des droits de l’Homme et des crimes économiques que le pays a connus les 18 dernières années », clame-t-il. Car, les victimes ont besoin que leur voix soit entendue dans ce processus.

Recommandations poignantes

Le Président de l’ASADHO pense que pour consolider les signaux favorables aux droits de l’Homme qui ont été lancés par le Président de la République, il faut, en toute urgence, mettre en œuvre plusieurs recommandations. Il s’agit de voir les interdictions fantaisistes des manifestations pacifiques des organisations sociales et des droits de l’Homme levées sur l’ensemble du pays ; que les hauts gradés militaires ou de la police impliqués dans la violation des Droits de l’Homme qui ont été nommés aux fonctions de commandement fassent l’objet des poursuites judiciaires ; que les activités des groupes armés qui violent au quotidien les Droits des paisibles citoyens fassent l’objet d’une attention particulière de la part du Gouvernement et des Nations Unies ; que des enquêtes judiciaires soient ouvertes à l’égard de tous les auteurs de la répression sauvage des manifestations pacifiques.

Aussi, sollicite-t-il l’accompagnement du Conseil des Droits de l’Homme pour que la RDC mette en œuvre lesdites recommandations.

Amina Bibi

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